Par Thierry | Publié le 17 août 2026
Ce qu’il faut retenir
- Lancée en 1993, la Bowers & Wilkins Nautilus est toujours produite à la main dans l’usine de Worthing (Angleterre), 33 ans après. La marque confirme un carnet de commandes de trois ans d’attente, pour une production d’environ 50 paires par an, chaque paire nécessitant près de 31 jours de fabrication.
- Architecture 4 voies à charge tubulaire : chaque haut-parleur (grave 300 mm, bas-médium 100 mm, haut-médium 50 mm, tweeter 25 mm, tous à membrane aluminium) est chargé par un tube effilé amorti, celui du grave mesurant 3 mètres enroulés en spirale. Réponse annoncée à -6 dB de 10 Hz à 25 kHz.
- Tarif France officiel : 105 000 € TTC la paire en finitions standard (noir, argent, Midnight Blue), uniquement sur commande via le réseau de revendeurs agréés. Un service de peinture sur mesure (environ 120 000 £ au Royaume-Uni) permet d’obtenir n’importe quelle teinte, y compris des références automobiles comme le McLaren Orange ou le rouge Ferrari.
Bowers & Wilkins Nautilus, l’enceinte coquillage qui refuse de vieillir
Trente-trois ans après son lancement, la Nautilus n’est pas un produit de catalogue comme les autres. Présentée par Bowers & Wilkins comme la dernière volonté de son cofondateur John Bowers, cette sculpture sonore en forme de nautile continue de sortir, une par une, du petit atelier dédié de l’usine de Worthing. Et loin de s’essouffler, la demande explose : la marque britannique confirme aujourd’hui trois années complètes de commandes en attente.
Dans un marché hi-fi où les cycles produits se raccourcissent d’année en année, où les électroniques numériques se renouvellent tous les 18 mois au rythme des nouvelles puces, la longévité de la Nautilus relève de l’anomalie statistique. Aucune révision majeure depuis 1993, aucun suffixe S2 ou D4, aucune mise à jour marketing : le produit vendu en 2026 est fondamentalement celui dessiné par Laurence Dickie au début des années 90.
L’information a été confirmée par Andy Kerr, directeur du marketing produit de Bowers & Wilkins, lors du salon High End de Vienne au printemps 2026, où la marque exposait la Nautilus aux côtés de ses nouveautés. Le chiffre qui frappe : environ 50 paires produites par an, chaque paire mobilisant près de 31 jours de travail manuel. Faites le calcul, le carnet de commandes actuel représente environ 150 paires en file d’attente.

Le détail des quatre membranes aluminium de la Nautilus et de leurs tubes effilés amortis, cœur de la charge tubulaire.
La charge tubulaire, cœur acoustique de la Nautilus
Le principe fondateur de la Nautilus tient en une idée : faire fonctionner chaque haut-parleur comme s’il était suspendu en plein air, libéré des contraintes d’un coffret traditionnel. Andy Kerr résume l’objectif ainsi : donner l’impression de transducteurs qui flottent librement, tout en conservant les bénéfices de mise en pression d’une forme d’enceinte close. La solution retenue, ce sont ces fameux tubes effilés qui donnent à l’enceinte sa silhouette si particulière.
💡 Pour comprendre : qu’est-ce qu’une charge tubulaire (tube loading) ?
Dans une enceinte classique, l’onde arrière émise par le haut-parleur rebondit sur les parois du coffret et revient perturber la membrane, ce qui colore le son. La charge tubulaire remplace le coffret par un tube effilé rempli de matériau absorbant : l’onde arrière s’y engouffre, s’atténue progressivement à mesure que le tube se rétrécit, et finit totalement absorbée sans jamais revenir vers la membrane. Résultat : le haut-parleur travaille comme dans un espace infini, sans réflexions parasites ni résonances de caisse. C’est cette technologie, récompensée par un Queen’s Award for Innovation, qui équipe aujourd’hui les tweeters de la plupart des enceintes Bowers & Wilkins modernes.
« Chaque tube augmente en longueur proportionnellement à la taille du haut-parleur », explique Andy Kerr. « Vous avez un tube relativement court pour le tweeter, un peu plus long pour le bas-médium, et celui de la section grave mesure trois mètres, mais enroulé en spirale. » C’est précisément cette spirale du grave qui a donné son nom et sa forme de coquillage à l’enceinte.
Les quatre tubes sont garnis d’une ouate absorbante qui dissipe l’énergie arrière des membranes. La pression se dilue progressivement, les réflexions vers l’arrière des membranes disparaissent, et la distorsion chute drastiquement. Kerr n’hésite pas à qualifier la Nautilus de l’une des meilleures enceintes au monde pour « disparaître » acoustiquement, c’est-à-dire s’effacer complètement derrière la scène sonore.
Quatre voies, quatre membranes aluminium
Chaque Nautilus embarque quatre transducteurs spécialisés : un grave de 300 mm à cône aluminium, un bas-médium de 100 mm à cône sandwich aluminium/polymère, un haut-médium à dôme aluminium de 50 mm et un tweeter à dôme aluminium de 25 mm. La réponse en fréquence annoncée s’étend de 10 Hz à 25 kHz à -6 dB, une extension dans le grave remarquable pour une enceinte sans le moindre évent bass-reflex.
Un gabarit de sculpture, pas de colonne
Avec ses 121 cm de hauteur, 43 cm de largeur et surtout 110,5 cm de profondeur, la Nautilus occupe l’espace d’une véritable sculpture. Chaque enceinte pèse 86,5 kg, soit 173 kg la paire. Le placement en pièce demande donc une vraie réflexion, d’autant que le design à charge tubulaire impose un dégagement généreux autour de chaque enceinte pour donner sa pleine mesure.

Sur cette Nautilus blanche, tweeter, haut-médium et bas-médium aluminium, chacun prolongé par son tube effilé amorti.
Filtrage actif obligatoire : une philosophie sans compromis
Détail méconnu du grand public : la Nautilus ne se branche pas sur un amplificateur stéréo classique. Elle est livrée avec un filtre actif externe 4 voies et exige un canal d’amplification dédié par haut-parleur, soit huit canaux d’amplification pour une paire. Concrètement, il faut prévoir quatre blocs stéréo ou huit blocs mono en plus des enceintes, ce qui alourdit encore la facture globale du système.
💡 Pour comprendre : filtrage actif vs filtrage passif
Dans une enceinte classique, un filtre passif (bobines, condensateurs, résistances) placé après l’amplificateur répartit le signal amplifié entre les haut-parleurs. Ce filtrage dissipe de l’énergie et introduit des interactions électriques avec les transducteurs. Le filtrage actif inverse la logique : le signal est découpé en quatre bandes de fréquences en amont, à bas niveau, puis chaque bande est amplifiée séparément et envoyée directement à son haut-parleur. Chaque transducteur est ainsi piloté sans intermédiaire par son propre amplificateur, avec un contrôle du grave et une précision supérieurs. C’est la même philosophie que l’on retrouve dans les enceintes de monitoring studio professionnelles.
Un écosystème d’amplification à la carte
Bowers & Wilkins ne fournit pas les amplificateurs, laissant le choix à l’acheteur et à son revendeur. Les blocs Michi de Rotel ont été historiquement développés en pensant aux modèles les plus ambitieux de la marque, mais les propriétaires de Nautilus associent aussi couramment des électroniques Classé, McIntosh ou Chord. Une chaîne complète Nautilus correctement amplifiée franchit sans difficulté les 150 000 €, source numérique et DAC audio USB haut de gamme compris.
Prix, finitions et peintures automobiles sur mesure
En France, la Nautilus est affichée au tarif officiel de 105 000 € TTC la paire sur le site de la marque, dans les trois finitions standard : noir, argent et Midnight Blue. La vente s’effectue exclusivement sur commande via le réseau de revendeurs agréés, chaque paire étant fabriquée, peinte au pistolet, polie et réglée à la main à Worthing.
Mais c’est l’option peinture sur mesure qui cartonne auprès des acheteurs. Pour environ 120 000 £ au Royaume-Uni, Bowers & Wilkins réalise n’importe quelle teinte à partir d’un échantillon ou d’une référence colorimétrique. La marque évoque des exemplaires livrés en McLaren Orange, en rouge Ferrari ou en vert menthe. L’édition spéciale Abalone Pearl, créée pour les 30 ans du modèle en 2023 avec sa robe nacrée inspirée du coquillage, avait déjà illustré ce savoir-faire.
Positionnement : trois ans d’attente, un signal fort pour le très haut de gamme
Dans la sphère des enceintes statement à six chiffres, la Nautilus côtoie des références comme la KEF Muon, autre sculpture audio emblématique, la Focal Grande Utopia EM Evo, les grandes Wilson Audio ou les colonnes Magico série M. Toutes revendiquent des technologies propriétaires spectaculaires, mais aucune ne peut aligner 33 ans de production continue sans révision majeure.
La vraie singularité de la Nautilus n’est pas son prix, c’est sa permanence. Là où ses concurrentes se succèdent par générations, elle traverse les décennies inchangée, transformée de fait en valeur refuge : un exemplaire d’occasion bien conservé se négocie encore à des tarifs très soutenus, phénomène rarissime en électronique audio.
Ce carnet de commandes de trois ans envoie aussi un signal au marché : le segment ultra haut de gamme reste étonnamment dynamique malgré un marché hi-fi global sous pression. Les produits iconiques, chargés d’histoire et fabriqués à la main, échappent aux logiques de renouvellement qui gouvernent le reste de l’industrie, y compris celle des convertisseurs et sources numériques.
Une icône qui irrigue toute la gamme
Au-delà de son statut d’objet de collection, la Nautilus reste le laboratoire dont sont issues les technologies des gammes actuelles de la marque, à commencer par la charge tubulaire des tweeters que l’on retrouve jusque sur les séries 800 Diamond et 700. Acheter une 805 D4 aujourd’hui, c’est profiter d’une retombée directe des recherches menées pour la Nautilus il y a plus de trois décennies.
Si vous souhaitez creuser l’architecture de votre propre système, comparer des convertisseurs ou simplement discuter du bien-fondé d’un filtrage actif dans une configuration plus terrestre que la Nautilus, sinon je suis là, les commentaires sont ouverts.
Pour découvrir la fiche complète, les visuels officiels et le configurateur de finitions, direction le site Bowers & Wilkins.

FAQ – Bowers & Wilkins Nautilus
Qu’est-ce que la Bowers & Wilkins Nautilus ?
La Nautilus est l’enceinte colonne la plus emblématique de Bowers & Wilkins, lancée en 1993 et toujours produite aujourd’hui. Sa forme de coquillage découle directement de son architecture 4 voies à charge tubulaire : chaque haut-parleur est chargé par un tube effilé amorti qui absorbe l’onde arrière. Présentée comme la dernière volonté du cofondateur John Bowers, elle est fabriquée entièrement à la main dans l’usine de Worthing, en Angleterre, au rythme d’environ 50 paires par an.
Pourquoi la Nautilus a-t-elle cette forme de coquillage ?
La spirale n’est pas un caprice esthétique. Le tube de charge du haut-parleur de grave mesure 3 mètres de long, et l’enrouler en spirale était la seule façon de l’intégrer dans un objet domestique. Les trois autres tubes, plus courts, chargent le bas-médium, le haut-médium et le tweeter. Rempli de matériau absorbant, chaque tube dissipe l’énergie arrière de la membrane, éliminant les réflexions internes et les résonances de coffret pour un son d’une transparence exceptionnelle.
Quel est le prix de la Nautilus en France ?
Le tarif officiel France est de 105 000 € TTC la paire dans les finitions standard (noir, argent, Midnight Blue), uniquement sur commande via le réseau de revendeurs agréés Bowers & Wilkins. Un service de peinture sur mesure, facturé environ 120 000 £ au Royaume-Uni, permet d’obtenir n’importe quelle teinte à partir d’un échantillon, y compris des couleurs automobiles comme le McLaren Orange ou le rouge Ferrari. Il faut ajouter le coût de l’amplification, huit canaux étant nécessaires.
Pourquoi y a-t-il trois ans de délai de livraison ?
Bowers & Wilkins produit environ 50 paires de Nautilus par an, chaque paire demandant près de 31 jours de fabrication manuelle : moulage des courbes complexes, peinture par vaporisation, polissage et réglage individuel par des spécialistes. La demande dépassant largement cette capacité, le carnet de commandes confirmé par la marque en 2026 représente trois années complètes d’attente, soit environ 150 paires en file. La marque a choisi de préserver ce mode de fabrication artisanal plutôt que d’industrialiser la production.
Quelle amplification faut-il pour une paire de Nautilus ?
La Nautilus fonctionne exclusivement en filtrage actif : elle est livrée avec un filtre actif externe 4 voies et chaque haut-parleur exige son propre canal d’amplification. Une paire nécessite donc huit canaux, soit quatre blocs stéréo ou huit blocs mono. Bowers & Wilkins ne fournit pas les amplificateurs, mais les blocs Michi de Rotel, historiquement développés pour les modèles les plus ambitieux de la marque, ainsi que les électroniques Classé, McIntosh ou Chord figurent parmi les associations courantes.
Quelles sont les caractéristiques techniques de la Nautilus ?
Chaque enceinte est une 4 voies à charge tubulaire embarquant un grave de 300 mm à cône aluminium, un bas-médium de 100 mm à cône sandwich aluminium/polymère, un haut-médium à dôme aluminium de 50 mm et un tweeter à dôme aluminium de 25 mm. La réponse en fréquence annoncée s’étend de 10 Hz à 25 kHz à -6 dB. Les dimensions atteignent 121 × 43 × 110,5 cm pour un poids de 86,5 kg par enceinte, soit 173 kg la paire.
La Nautilus a-t-elle évolué depuis 1993 ?
Non, et c’est précisément ce qui fait sa singularité. Le design acoustique signé Laurence Dickie n’a subi aucune révision majeure en 33 ans de production : pas de version S2, pas de génération D4, pas de refonte marketing. Seules des éditions de finition ont ponctué son histoire, comme l’Abalone Pearl créée pour son 30ème anniversaire en 2023. Les technologies issues de ses recherches, à commencer par la charge tubulaire des tweeters, irriguent en revanche toutes les gammes actuelles de la marque.
Où écouter ou commander une Nautilus en France ?
La Nautilus n’est vendue ni en ligne ni en grande distribution : elle passe exclusivement par le réseau de revendeurs agréés Bowers & Wilkins, dont plusieurs enseignes spécialisées très haut de gamme en France proposent des démonstrations sur rendez-vous. Chaque exemplaire étant fabriqué à la commande, le délai actuel de trois ans s’applique aux nouvelles commandes. Le marché de l’occasion constitue une alternative, avec des exemplaires qui conservent une valeur remarquablement stable pour de l’électronique audio.

