Par Thierry | Publié le
🚀 Ce qu’il faut retenir
- L’AOM développe l’Open Audio Codec (OAC), successeur désigné du codec Opus.
- Objectif : contrer le xHE-AAC avec une solution 100% libre de droits (Royalty-Free).
- Usage principal : streaming, appels WebRTC (Discord, WhatsApp) et assistants vocaux.
- Disponibilité : Projet en cours de développement, basé sur la bibliothèque libopus.
Sommaire
Open Audio Codec (OAC) : le futur successeur de l’Opus et du MP3 ?
Si vous avez regardé une vidéo YouTube en 4K ces dernières années sans que votre connexion ne s’effondre, vous avez bénéficié du travail de l’Alliance for Open Media (AOM). Cette organisation, fondée en 2015 par Google, Mozilla, Microsoft, Amazon et Apple entre autres, est à l’origine du codec vidéo AV1 — une technologie libre de droits qui a progressivement remplacé VP9 dans la quasi-totalité des plateformes de streaming.
Jusqu’à présent, l’AOM s’était concentrée sur la vidéo. Pour l’audio, les fichiers AV1 ou VP9 continuaient d’utiliser le codec Opus, standardisé en 2012 par l’IETF. Opus est partout : dans les appels WebRTC (Discord, WhatsApp, Google Meet), dans les conteneurs OGG, dans YouTube Music, dans les flux radio DAB+. C’est l’un des codecs audio les plus répandus de la décennie.
Mais l’AOM vient officiellement d’ouvrir un nouveau chantier : l’Open Audio Codec, abrégé OAC.
Qu’est-ce que l’Open Audio Codec (OAC) ?
L’OAC est un projet de codec audio open source, actuellement en développement actif, dont la documentation officielle précise qu’il “a vocation à succéder à Opus”. Le code source de référence, baptisé liboac, est directement dérivé de libopus. Les deux sont encore en cours de développement.
À ce stade, les spécifications techniques de l’OAC sont identiques à celles d’Opus :
- Fréquences d’échantillonnage : 8 à 48 kHz
- Débits supportés : 6 à 510 kb/s
- Modes : mono, stéréo, multicanal
- Débit constant (CBR) et variable (VBR)
Ces paramètres sont amenés à évoluer. L’objectif final de l’OAC n’est pas encore public, mais les raisons qui poussent l’AOM à dépasser Opus sont connues.
Pourquoi remplacer Opus ? Les trois raisons de fond
1. La concurrence du xHE-AAC
Le format xHE-AAC (Extended HE-AAC), développé dans le cadre du standard MPEG-D, offre une qualité audio perçue supérieure à bas débit, avec une gestion avancée du loudness via des métadonnées dédiées. Netflix et Meta l’utilisent déjà sur certains appareils. C’est une pression concurrentielle directe sur Opus dans les cas d’usage streaming.
2. Des questions ouvertes sur les brevets
Sans entrer dans les détails juridiques, Opus n’est pas totalement exempt de zones d’ombre en matière de propriété intellectuelle. L’AOM, qui a précisément construit AV1 pour contourner les problèmes de licensing de H.265/HEVC, applique la même logique à l’audio avec l’OAC.
3. La logique de l’écosystème AOM
AV1 video + OAC audio = un conteneur multimédia entièrement libre de droits, sans aucune redevance. Pour les fabricants de matériel, les développeurs d’applications et les plateformes de streaming, c’est une simplification considérable. On se souvient que de nombreux laptops HP récents ne peuvent pas lire du H.265/HEVC nativement, faute de licence payée. Ce type de problème disparaît avec les codecs libres.
OAC vs MP3 : la question que tous les audiophiles vont poser
Le MP3 date de 1991. Ses brevets sont tombés dans le domaine public en 2017. Il est encore universellement supporté, du lecteur de voiture au casque Bluetooth bas de gamme, en passant par les NAS Synology et les amplificateurs réseau. C’est précisément pourquoi il ne mourra pas de sitôt.
Mais sur le plan technique, MP3 est objectivement dépassé. À débit égal, Opus produit une qualité bien supérieure. Et OAC, s’il tient ses promesses, devrait améliorer encore ce rapport qualité/débit, notamment à très faible bitrate — le terrain de jeu du streaming radio, des assistants vocaux et des communications en temps réel.
Pour les fichiers audio statiques (musique stockée, rips CD), le FLAC et l’AAC restent des références. L’OAC ne cible pas ce segment en priorité.
Ce que ça change concrètement pour les audiophiles et les utilisateurs
Dans l’immédiat : rien. L’OAC est en phase préliminaire de développement. Aucune date de finalisation n’a été communiquée.
À moyen terme, si l’Alliance for Open Media suit la même trajectoire qu’avec AV1 (adoption progressive par les navigateurs Chromium et Firefox, puis par Android et les smart TV), l’OAC pourrait s’imposer dans :
- Les appels audio et vidéo sur navigateur et mobile (WebRTC)
- Le streaming musical et les radios en ligne
- Les assistants vocaux et interfaces conversationnelles
- Les conteneurs vidéo (MKV, WebM) en remplacement d’Opus
Pour les amateurs de HiFi qui rippent leurs CD en FLAC ou qui achètent en 24 bits sur Qobuz et HDtracks, l’OAC restera probablement anecdotique. Le sans-perte a ses propres standards bien établis…
Thierry
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