Par Thierry | Publié le 1er novembre 2026
Ce qu’il faut retenir
- Linear Tube Audio, le fabricant de Takoma Park (Maryland) associé au concepteur David Berning, ouvre les précommandes de l’Aero+, successeur de son DAC Aero, à partir d’environ 3 940 € hors taxes (4 400 $). Une version Aero+ SE à alimentation externe est annoncée autour de 5 800 $ (environ 5 200 € hors taxes). Premières livraisons prévues en décembre 2026.
- Conversion par puce Analog Devices AD1865, un DAC R-2R 18 bits utilisé en mode sans suréchantillonnage (NOS), sans filtre numérique, jusqu’en PCM 24 bits / 192 kHz. Étage courant-tension conçu par LTA, puis étage de sortie ZOTL breveté par David Berning : pure classe A, couplage direct sans condensateur de liaison, symétrique à partir de quatre étages asymétriques, zéro contre-réaction.
- Entrées USB, coaxiale, optique, AES3 et I2S (standard PS Audio), traitées par un processeur ARM avec isolation galvanique. Sorties XLR (4,4 V) et RCA (2,2 V), deux lampes 12SN7 apparentes (6SN7 acceptées), polarisation automatique, alimentation 120 ou 230 V sélectionnable, châssis aluminium usiné fabriqué aux États-Unis.
Linear Tube Audio Aero+ : le DAC à lampes ZOTL passe à la vitesse supérieure
La plupart des DAC modernes cherchent à faire disparaître la puce de conversion derrière des filtres numériques toujours plus sophistiqués. Linear Tube Audio prend le chemin inverse : une puce R-2R de la fin des années 1980, aucun suréchantillonnage, aucun filtre, et des lampes en sortie. L’Aero+ ne vise pas le record de mesure, il vise une écoute. Reste à comprendre ce que ce parti pris apporte, et ce qu’il coûte.
Linear Tube Audio (LTA) s’est fait connaître avec des amplificateurs et des amplis casque qui exploitent le circuit ZOTL de David Berning, l’un des concepteurs américains de lampes les plus respectés. Le premier Aero, présenté par la marque comme le premier DAC au monde à utiliser la technologie ZOTL, était vendu 3 950 $. Pour bien situer ce choix technique, notre guide complet sur les DAC R-2R face aux delta-sigma détaille les forces et les limites de chaque architecture.
Avec l’Aero+, LTA garde la philosophie et retravaille toute la chaîne : conversion, interface numérique, alimentation et étage de sortie. La marque propose aussi, pour la première fois, une déclinaison SE à alimentation séparée.
Une puce R-2R AD1865 sans suréchantillonnage ni filtre numérique
Le cœur de l’Aero+ est l’AD1865 d’Analog Devices, un double convertisseur R-2R de 18 bits, c’est-à-dire un réseau de résistances de précision qui transforme directement chaque échantillon en une tension. LTA l’exploite en mode non suréchantillonné, dit NOS, sans aucun filtre numérique. Les échantillons sont convertis à leur fréquence d’origine, sans calcul intermédiaire. L’Aero+ accepte le PCM jusqu’en 24 bits / 192 kHz, sans prise en charge annoncée du DSD.
💡 Pour comprendre : pourquoi le non-suréchantillonnage change le rendu
La quasi-totalité des DAC multiplient la fréquence d’échantillonnage en interne puis appliquent un filtre numérique très raide pour éliminer les images au-dessus de 20 kHz. Ce filtre crée des pré-échos et post-échos très brefs autour des transitoires. Un DAC NOS se passe de cette étape : la réponse impulsionnelle reste nette dans le temps, mais les fréquences hautes s’atténuent légèrement et des produits ultrasoniques subsistent en sortie. Ses partisans y entendent un son plus naturel et plus incarné, ses détracteurs une restitution moins précise dans l’aigu. C’est un choix d’écoute assumé, pas une erreur de conception.
Linear Tube Audio ne cache pas les conséquences de son choix : la fiche de l’Aero+ donne une réponse à -0,8 dB à 20 kHz et une distorsion de 0,1 % en XLR à pleine sortie. Des chiffres qu’aucun DAC delta-sigma moderne n’oserait publier, mais cohérents avec un convertisseur NOS et une sortie à lampes sans contre-réaction.
L’interface numérique change aussi de nature. Là où l’on trouve d’habitude des puces dédiées pour l’USB et le S/PDIF, LTA confie la réception à un processeur ARM, avec une isolation galvanique numérique entre l’interface et la conversion. L’objectif est double : maîtriser la remise en forme du flux et empêcher le bruit de l’ordinateur ou du streamer de remonter vers la partie analogique.
Cinq entrées numériques, dont l’I2S
L’Aero+ propose une entrée USB, une coaxiale RCA, une optique Toslink, une AES3 sur XLR et une entrée I2S au standard de PS Audio. Cette dernière permet de relier un transport ou un streamer compatible en transmettant séparément les horloges et les données, sans passer par l’encodage S/PDIF. LTA ne précise pas le connecteur utilisé ni le brochage exact sur sa fiche produit.
Un étage courant-tension maison
Un convertisseur R-2R comme l’AD1865 délivre un courant, pas une tension. Il faut donc un étage de conversion courant-tension, souvent décisif pour le son. LTA a conçu le sien, inspiré des travaux de David Berning, avec un objectif annoncé : présenter à la puce une charge constante, condition pour qu’un réseau de résistances travaille dans sa zone la plus linéaire.

Le Linear Tube Audio Aero+ porte ses deux lampes 12SN7 à l’avant du capot, au-dessus de l’étage de sortie ZOTL. La façade se limite à un bouton marche arrêt, un sélecteur d’entrée et une rangée de témoins lumineux qui indiquent l’entrée active.
L’étage de sortie ZOTL : pure classe A, sans condensateur ni contre-réaction
En sortie, l’Aero+ reprend le circuit ZOTL breveté par David Berning. Il fonctionne en pure classe A, en couplage direct, sans aucun condensateur de liaison sur le trajet du signal. La sortie symétrique est construite à partir de quatre étages asymétriques, et le montage n’utilise aucune contre-réaction, ni globale ni locale. Deux lampes 12SN7 sont montées de série, apparentes sur le capot, et les 6SN7 sont acceptées grâce à un interrupteur de sélection du type de lampe. La polarisation est automatique et un circuit protège l’appareil en cas de défaillance d’une lampe.
💡 Pour comprendre : qu’est-ce que le ZOTL ?
ZOTL signifie Zero-hysteresis Output Transformerless, une sortie sans transformateur. Dans un ampli à lampes classique, un transformateur adapte la haute impédance des lampes à la charge ; il est lourd, coûteux et colore le son. Le ZOTL, mis au point par David Berning, fait travailler les lampes à haute fréquence pour réaliser cette adaptation d’impédance autrement, sans transformateur de sortie. Dans un DAC, l’intérêt est de garder la signature des lampes avec un étage compact, direct et peu chauffant.
LTA avance que son approche multiplie par trois la durée de vie des lampes et divise par trois la chaleur dégagée par rapport à un étage à lampes conventionnel. Côté chiffres, la sortie RCA délivre 2,2 V efficaces sous une impédance de 70 ohms, et la sortie XLR 4,4 V sous 140 ohms. La distorsion THD+N à pleine sortie est de 0,3 % en RCA et de 0,1 % en XLR, et la réponse en fréquence est donnée à -0,3 dB à 20 Hz et -0,8 dB à 20 kHz. Les 12SN7 de série peuvent être remplacées en option par des 6SN7 de la gamme Ray Reserve de la marque.
Aero+ et Aero+ SE : ce que change l’alimentation externe
L’Aero+ standard intègre six alimentations isolées les unes des autres. La version SE déporte l’alimentation dans un second boîtier, relié au DAC par un cordon ombilical à connecteurs XLR. Ce boîtier abrite un transformateur torique plus gros, une self de filtrage de 15 mH, une correction passive du facteur de puissance et une capacité de stockage cinq fois supérieure, selon LTA. L’appareil consomme 33 W en fonctionnement et 8 W en veille, et accepte le 120 ou le 230 V, sélectionnable par l’utilisateur.

La version Aero+ SE associe le DAC à un boîtier d’alimentation séparé, ajouré pour la ventilation, qui éloigne le transformateur et le redressement des circuits de conversion et des lampes.
Prix, dimensions et disponibilité du Linear Tube Audio Aero+
L’Aero+ est affiché à partir de 4 400 $, soit environ 3 940 € hors taxes au taux du jour, en précommande sur le site de LTA, avec des premières livraisons prévues en décembre 2026. L’Aero+ SE est annoncé autour de 5 800 $, soit environ 5 200 € hors taxes. Par rapport aux 3 950 $ du premier Aero, la hausse est de 450 $ pour la version de base.
Le DAC mesure 43,2 cm de large, 25,4 cm de profondeur (26,7 cm avec les connecteurs) et 7,6 cm de haut sans les lampes, environ 11,4 cm avec les 12SN7 de série. Il pèse 5,2 kg, et l’ensemble Aero+ SE atteint 8,16 kg avec son alimentation, dont le boîtier mesure 20,3 x 19 x 9,8 cm. Le châssis est en aluminium usiné sur quatre faces, et l’appareil est fabriqué à Takoma Park, dans le Maryland. LTA vend en direct et par revendeurs ; la marque ne communique pas de prix européen ni de distributeur français sur sa fiche.
Positionnement et concurrence
À ce niveau de prix, l’Aero+ croise la route des DAC R-2R et à lampes européens et asiatiques, de LampizatOr à Audio Note en passant par les R-2R discrets chinois bien moins chers. Sa particularité est de combiner une puce R-2R historique en NOS et un étage de sortie ZOTL sans transformateur ni condensateur, une combinaison que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Pour situer l’offre, on peut parcourir notre sélection de DAC R2R et à lampes sur Amazon.
Les DAC à lampes ajoutent souvent un simple tampon à tube derrière une puce delta-sigma moderne. L’Aero+ construit au contraire toute sa chaîne autour de la lampe et du R-2R, de la conversion jusqu’à la prise XLR.
Tout en haut du segment, le LampizatOr Horizon 2, DAC à lampes polonais à 55 000 € HT, montre jusqu’où peut aller cette philosophie. L’Aero+ en propose une lecture plus raisonnable, avec une fabrication américaine et une signature technique unique. Pour ceux qui veulent goûter au R-2R sans les lampes, il est aussi possible d’explorer notre sélection de DAC R2R discrets.
Un signal fort pour le NOS
Lancer en 2026 un DAC limité au PCM 24/192, sans DSD natif, construit autour d’une puce ancienne, c’est assumer de s’adresser à un public qui écoute avant de lire une fiche technique. LTA mise sur une base d’utilisateurs déjà acquise au ZOTL, et sur l’idée qu’un DAC peut avoir une personnalité.
Mon avis
L’Aero+ est un appareil d’auteur, et c’est sa force. L’association d’une AD1865 en NOS, d’un étage courant-tension maison et d’une sortie ZOTL sans contre-réaction forme une chaîne cohérente, pensée de bout en bout, là où beaucoup de DAC à lampes se contentent d’un tube décoratif après une puce moderne.
Il faut en revanche l’acheter en connaissance de cause. Le 24/192 maximal ferme la porte au DSD natif, même si LTA conseillait déjà sur le premier Aero de convertir le DSD en PCM par logiciel. Les 0,1 à 0,3 % de distorsion et la légère chute à 20 kHz sont la signature voulue de cette architecture, pas un défaut, mais ils ne plairont pas à tout le monde.
Ce qui me retient davantage, c’est l’écart de prix avec la version SE et le manque d’informations sur sa capacité de filtrage réelle : la fiche cite plusieurs chiffres contradictoires. J’aimerais aussi que LTA annonce un tarif et un réseau européens. Pour un amateur de lampes qui privilégie la texture à la mesure, c’est l’un des DAC les plus singuliers de l’année.
Les caractéristiques complètes et les options de lampes sont détaillées sur le site Linear Tube Audio.
Vous vous demandez si un DAC NOS à lampes conviendra à votre système ? Décrivez votre ampli et vos enceintes en commentaire, je vous donne mon avis, sinon je suis là.

FAQ – Linear Tube Audio Aero+ et Aero+ SE
Combien coûte le Linear Tube Audio Aero+ ?
L’Aero+ est affiché à partir de 4 400 $, soit environ 3 940 € hors taxes, et l’Aero+ SE à alimentation externe est annoncé autour de 5 800 $, soit environ 5 200 € hors taxes. Les précommandes sont ouvertes sur le site de LTA. Aucun prix européen officiel n’est encore communiqué.
Quand sera-t-il disponible ?
Linear Tube Audio prévoit les premières livraisons en décembre 2026. L’appareil est fabriqué à Takoma Park, dans le Maryland. Sa tension d’alimentation se règle sur 120 ou 230 V, ce qui le rend utilisable en Europe.
Quelle puce de conversion utilise l’Aero+ ?
L’Aero+ utilise l’Analog Devices AD1865, un double convertisseur R-2R de 18 bits, en mode non suréchantillonné et sans filtre numérique. Il est suivi d’un étage courant-tension conçu par LTA, inspiré des travaux de David Berning, puis de l’étage de sortie à lampes ZOTL.
L’Aero+ lit-il le DSD ?
La fiche annonce le PCM jusqu’en 24 bits / 192 kHz, sans mention du DSD. Pour le premier Aero, LTA recommandait de lire les fichiers DSD avec un logiciel comme Roon ou JRiver, qui les convertit en PCM haute résolution. La même méthode devrait s’appliquer à l’Aero+.
Quelles lampes équipent l’Aero+ ?
Deux lampes 12SN7 sont montées de série. Un interrupteur permet d’utiliser des 6SN7, dont la version Ray Reserve proposée en option par LTA. La polarisation est automatique et un circuit protège l’appareil en cas de défaillance d’une lampe.
Quelle différence entre l’Aero+ et l’Aero+ SE ?
L’Aero+ SE ajoute une alimentation dans un boîtier séparé, reliée par un cordon à connecteurs XLR. Elle utilise un transformateur torique plus gros, une self de 15 mH, une correction passive du facteur de puissance et une capacité de stockage cinq fois supérieure selon LTA. L’ensemble pèse 8,16 kg contre 5,2 kg pour l’Aero+.
Quelles sont ses entrées et sorties ?
En entrée : USB, coaxiale RCA, optique Toslink, AES3 et I2S au standard PS Audio, gérées par un processeur ARM avec isolation galvanique. En sortie : XLR à 4,4 V sous 140 ohms et RCA à 2,2 V sous 70 ohms.
Pourquoi l’Aero+ mesure-t-il plus de distorsion qu’un DAC classique ?
La distorsion annoncée, 0,1 % en XLR et 0,3 % en RCA à pleine sortie, découle de deux choix assumés : un étage de sortie à lampes sans aucune contre-réaction et une conversion sans suréchantillonnage. Ces architectures privilégient la cohérence temporelle et la texture plutôt que les chiffres de laboratoire. Elles s’adressent à ceux qui préfèrent cette signature sonore.

