Par Thierry | Publié le 22 septembre 2026
Ce qu’il faut retenir
- Deux machines tombent pour la même raison : le PS Audio PMG Signature SACD Transport, arrêté en production neuve début 2026 après un tarif public de 8 999 dollars (environ 8 300 euros à la conversion), et le Naim Uniti Star, tout-en-un à lecteur CD intégré affiché 3 999 euros en France et désormais indisponible à la vente.
- La cause est une pièce unique et non substituable : la mécanique optique SACD/CD que D&M Holdings, maison mère de Denon et Marantz, a cessé de vendre aux fabricants tiers, les dernières commandes ayant été closes fin juillet 2024. PS Audio a racheté le solde des stocks Marantz à un prix doublé, Naim n’a trouvé aucune mécanique de remplacement acceptable.
- Les possesseurs actuels ne sont pas abandonnés : les deux marques ont mis de côté des mécaniques de rechange pour le service après-vente, même si aucune n’a communiqué le nombre exact d’unités en réserve. Côté remplacement, Naim a sorti en août 2026 un Uniti Star Lite sans tiroir disque.
Quand la mécanique optique devient la pièce la plus rare de la chaîne hi-fi
Le paradoxe est cruel. Alors que le disque compact retrouve des couleurs commerciales, avec des revenus de gros en hausse de 58,6 % au premier semestre 2026 sur le marché américain, les constructeurs haut de gamme n’arrivent plus à s’approvisionner en tiroirs de lecture. Ce n’est pas la demande qui s’effondre, c’est l’offre industrielle en amont. Et quand la dernière chaîne de production d’un composant ferme, aucun budget marketing ne la rallume.

Vue de face du PMG Signature SACD Transport, avec l’afficheur circulaire indiquant la lecture d’une couche SACD. Le port USB en façade permettait aussi de lire des fichiers stockés sur clé.
Pendant vingt-cinq ans, la mécanique optique a été le composant le plus banal d’un lecteur hi-fi. Elle venait d’un gigantesque marché de masse, celui des lecteurs de salon, des ordinateurs et des consoles de jeu, et l’audiophile en profitait par ricochet. Le segment spécialisé n’a jamais pesé lourd face à ces volumes, il se contentait de piocher dans un catalogue existant et de soigner tout ce qu’il y avait autour : l’alimentation, l’horloge, l’isolation galvanique, la sortie numérique. Ce confort a duré tant que les deux marchés de masse tenaient. Ils ont disparu l’un après l’autre, et le petit monde de la hi-fi s’est retrouvé seul devant une ligne de production que plus personne n’avait envie de faire tourner pour lui. Le même mouvement de fond explique l’arrivée d’un Uniti Star Lite dépourvu de tiroir CD chez Naim quelques semaines plus tôt.
L’annonce de septembre 2026 met donc un nom sur deux victimes précises. D’un côté un transport SACD américain à près de neuf mille dollars, de l’autre un amplificateur connecté britannique qui faisait office de couteau suisse dans les salons européens. Deux produits que rien ne rapproche, ni le prix, ni la marque, ni l’usage, et qui s’arrêtent pourtant pour exactement la même raison.
Pourquoi les mécaniques SACD et CD ont disparu des catalogues
Une mécanique optique n’est pas une pièce détachée neutre que l’on remplacerait comme une résistance. C’est un sous-ensemble complet : un bloc laser, un moteur de rotation, un système d’asservissement mécanique appelé servo, une électronique de pilotage et un firmware propriétaire qui dialogue avec le reste de l’appareil. Changer de fournisseur, c’est redessiner la carte de commande, réécrire la couche logicielle, revoir l’implantation du châssis et refaire toute la validation. Pour un fabricant spécialisé qui produit quelques centaines d’unités par an, l’addition dépasse très vite ce que le produit peut absorber.
💡 Pour comprendre : ce qu’est vraiment une mécanique optique
Quand on ouvre un lecteur CD, la partie qui lit le disque forme un module autonome que l’on appelle la mécanique, ou transport. Elle réunit la diode laser qui éclaire la piste, la cellule qui récupère la lumière réfléchie, le moteur qui fait tourner le disque et surtout le servo, un asservissement électronique qui corrige en permanence la position du laser au micron près malgré les vibrations et le voile du disque. Cette intelligence embarquée est pilotée par un firmware écrit pour un modèle de mécanique précis. C’est pour cela qu’un constructeur ne peut pas simplement visser la mécanique d’un autre fournisseur à la place de la sienne : il devrait réécrire le dialogue entre les deux, ce qui revient à reconcevoir l’appareil.
« Les mécaniques adaptées à un PMG ne sont tout simplement plus disponibles », a résumé Paul McGowan, le patron de PS Audio. Le dirigeant ajoute que fabriquer en interne un lecteur de disque optique dépasse les compétences de sa société, dont le métier reste l’électronique et le logiciel. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un arbitrage commercial mais d’un mur industriel.
La difficulté est identique chez Naim. La marque britannique a cherché une mécanique de substitution, pour constater que les lignes de production alternatives avaient elles aussi fermé. Plutôt que de monter un tiroir de qualité inférieure dans une machine vendue près de quatre mille euros, elle a préféré retirer la fonction et repositionner le produit.
Un fournisseur unique pour toute la filière
Le point de bascule remonte à juin 2024. D&M Holdings, groupe propriétaire de Denon et Marantz, prévient alors ses clients externes qu’il cessera de prendre des commandes de mécaniques SACD et CD à la fin du mois de juillet suivant. Le problème tient en une phrase : cette mécanique était, à ce moment-là, la seule référence SACD/CD encore vendue à des fabricants tiers dans le monde. Toute une filière dépendait donc d’une seule ligne de production, détenue par un concurrent direct sur le marché final.
Des coûts qui ont doublé avant la fermeture du robinet
La réaction a été immédiate et prévisible. Chaque constructeur concerné a tenté de constituer un matelas de sécurité avant l’échéance, ce qui a mécaniquement fait doubler le prix du composant. PS Audio a passé une dernière commande de volume, puis a racheté le solde des stocks disponibles chez Marantz. Cela a permis de faire vivre le PMG Signature quelques mois de plus, jusqu’à épuisement. Un responsable de programme chez dCS a résumé la situation d’une formule qui vaut diagnostic : le marché de masse du CD et celui du logiciel informatique se sont asséchés tous les deux, et l’audio spécialisé est infinitésimal en comparaison.

Le panneau arrière du PMG Signature dévoile son nom complet, Paul McGowan Signature SACD Transport, et l’essentiel de son argumentaire : la sortie I2S sur connecteur HDMI, seule voie capable de transmettre la couche DSD native d’un SACD vers un convertisseur externe.
Ce que perdent concrètement les deux catalogues
Le PMG Signature SACD Transport n’était pas un simple lecteur. Affiché 8 999 dollars, soit environ 8 300 euros à la conversion hors fiscalité européenne, il lisait les SACD, les CD, les CD-R/RW et les DVD gravés en données audio, et acceptait les fichiers MP3, WMA, AAC, WAV, FLAC, AIFF, ALAC ainsi que le DSD et le double DSD. Côté sorties, il alignait une liaison I2S, une coaxiale, deux BNC et deux XLR symétriques, le tout alimenté par deux blocs indépendants et protégé par un étage de sortie isolé galvaniquement. Pour 13,7 kilos et 25 watts de consommation, la machine embarquait aussi le fameux Digital Lens maison, une mémoire tampon chargée de découpler la lecture du disque de l’horloge de sortie.
💡 Pour comprendre : pourquoi la couche DSD d’un SACD passe par l’I2S
Un SACD stocke la musique en DSD, un format de codage très différent du PCM du CD classique. Pour des raisons de protection contre la copie, cette couche DSD n’a jamais eu le droit de sortir d’un lecteur par une prise numérique standard comme la coaxiale ou l’optique, qui dégradent le signal en PCM ou refusent purement et simplement de le transporter. L’I2S, lui, est un format de liaison interne qui fait circuler séparément les données, l’horloge et le signal de cadrage sur des fils distincts, au lieu de tout empaqueter dans un flux unique. En le sortant sur un connecteur, les fabricants ont trouvé le moyen d’acheminer le DSD natif vers un convertisseur externe sans passer par une conversion intermédiaire. C’est ce qui rend un transport SACD dépendant de son partenaire DAC, et c’est aussi ce qui rend sa disparition difficile à compenser.
Naim Uniti Star : le tout-en-un perd son tiroir
La logique est différente chez Naim, mais le résultat est le même. L’Uniti Star, amplificateur connecté de 2 x 70 watts, tirait une partie de son identité de son lecteur CD intégré, capable en plus d’extraire les disques vers un stockage. Faute de mécanique disponible, la marque a lancé fin août 2026 un Uniti Star Lite qui abandonne la fonction disque, affiché 3 199 livres au Royaume-Uni et 3 999 euros en France. Naim défend l’opération comme un gain technique : moins de mécanique dans le châssis, donc moins de vibrations et moins de pollution électrique pour les étages audio. L’argument se tient sur le plan de l’ingénierie. Il ne change rien au fait qu’un propriétaire de CDthèque perd une option qui n’existe plus au catalogue.
Prix, stocks et service après-vente
Pour les deux produits, la seule voie d’achat neuf restante passe par les stocks résiduels du réseau de distribution. Le PMG Signature était proposé en argent et en noir, et le site du constructeur affiche désormais les deux finitions comme indisponibles, avec la mention explicite d’un arrêt de production neuve en 2026. Côté français, l’Uniti Star est sorti des catalogues des revendeurs spécialisés, qui renvoient automatiquement vers la version Lite. Le marché de l’occasion va logiquement devenir le principal terrain de chasse, avec la tension de prix que cela implique sur les exemplaires en bon état.
Sur le service après-vente, le message des deux marques est rassurant et mérite d’être répété, parce que c’est la première question que se pose légitimement un propriétaire. Les deux constructeurs ont constitué des réserves de mécaniques et de pièces destinées uniquement à la réparation du parc installé. Aucune n’a communiqué le volume exact mis de côté, ce qui reste la zone d’ombre du dossier : personne ne sait combien d’années de SAV ces stocks représentent réellement. À titre indicatif, les spécialistes de la réparation estiment qu’environ la moitié des lecteurs CD passant sur leur établi sont encore réparables, les millésimes 1995 à 2005 étant de loin les plus faciles à remettre en état, tandis que les machines récentes et très dépendantes du logiciel posent de plus en plus de problèmes.
Positionnement et concurrence : que reste-t-il pour lire ses disques ?
La bonne nouvelle est que le segment n’est pas vide. Les marques qui possèdent leur propre mécanique, ou qui ont sécurisé leur approvisionnement, continuent de produire. Marantz, justement parce que le groupe fabrique en interne, reste présent avec des machines comme le SACD 10 et le SACD 30n, et Denon poursuit dans une gamme plus accessible. Sur le terrain du transport pur, sans convertisseur intégré, le Cambridge Audio CXC et l’Audiolab 9000CDT tiennent la position depuis plusieurs années avec des tarifs sans commune mesure avec ceux du PMG Signature. Si vous cherchez à sécuriser une source disque avant que le marché ne se resserre davantage, il est raisonnable de parcourir dès maintenant l’offre de transport CD hi-fi encore référencée, tous positionnements tarifaires confondus.
Le vrai sujet n’est pas la disparition de deux références, mais la concentration du risque. Quand une filière entière dépend d’un fournisseur unique, qui se trouve être un concurrent sur le marché final, la question n’est jamais de savoir si la rupture aura lieu mais quand. Les marques qui maîtrisent leur mécanique en interne viennent de prendre une avance structurelle que l’argent ne rachète plus.
Pour l’auditeur, la conséquence pratique est simple : le lecteur de disques redevient un achat que l’on anticipe au lieu de le remettre à plus tard. Et comme la sortie numérique d’un transport ne vaut que par le convertisseur placé derrière, c’est le moment de regarder sérieusement le maillon aval, sujet que nous documentons en permanence dans notre comparatif de DAC USB et de convertisseurs audio. Ceux qui préfèrent partir d’une machine complète plutôt que d’un couple transport plus DAC peuvent aussi explorer les lecteurs CD audiophiles encore disponibles, l’écart de prix avec les solutions séparées s’étant nettement resserré.
Un signal envoyé au marché
Cet épisode dit quelque chose de plus large sur la hi-fi de 2026. Le haut de gamme a longtemps vécu sur l’idée qu’il pouvait piocher dans l’industrie de masse et ajouter sa valeur par-dessus. Ce modèle se referme composant après composant, et l’actualité récente du secteur, entre restructurations capitalistiques comme le rachat de Focal et Naim par Barco et tensions d’approvisionnement, montre que la maîtrise industrielle redevient un critère de choix pour l’acheteur, au même titre que la fiche technique.
Si vous possédez l’un des deux appareils concernés et que vous vous demandez s’il faut anticiper une panne, constituer un stock de pièces ou basculer vers une solution dématérialisée, la réponse dépend vraiment de votre usage et de votre collection. N’hésitez pas à poser la question en commentaire, on regarde ça ensemble, sinon je suis là.
Les caractéristiques complètes et l’état de disponibilité du transport concerné sont consultables sur le site PS Audio.

FAQ – Naim Uniti Star et PS Audio PMG Signature SACD Transport
Pourquoi Naim et PS Audio arrêtent-ils ces deux modèles en même temps ?
Les deux arrêts ont la même cause, sans concertation entre les marques. Ils dépendaient tous deux de mécaniques optiques SACD et CD fournies par D&M Holdings, le groupe propriétaire de Denon et Marantz. Ce fournisseur a cessé de vendre ces mécaniques aux fabricants tiers, avec une clôture des dernières commandes fin juillet 2024. Sans mécanique, il n’y a pas de lecteur, quel que soit le niveau de prix du produit.
Mon PMG Signature ou mon Uniti Star va-t-il devenir inutilisable ?
Non, pas à court terme. Les deux constructeurs ont mis de côté des mécaniques et des pièces détachées réservées au service après-vente du parc installé. Une panne de lecteur reste donc prise en charge par les circuits officiels. Le seul point à surveiller est que ni Naim ni PS Audio n’a communiqué le nombre exact d’unités conservées, ce qui rend impossible de chiffrer précisément la durée de couverture.
Pourquoi ne pas simplement monter la mécanique d’un autre fabricant ?
Parce qu’une mécanique optique n’est pas une pièce interchangeable. Elle arrive avec son électronique de servo, son firmware et son format de dialogue propre. Changer de fournisseur impose de redessiner la carte de commande, de réécrire la couche logicielle, de revoir l’implantation dans le châssis et de refaire l’ensemble de la validation. Sur des volumes de production spécialisés, ce coût de réingénierie dépasse la valeur économique du projet.
Quel était le prix du PS Audio PMG Signature SACD Transport ?
Le tarif public constructeur était de 8 999 dollars, soit environ 8 300 euros à la conversion, avant fiscalité et marge de distribution européennes. Le site officiel affiche désormais les deux finitions, argent et noir, comme indisponibles, avec la mention d’un arrêt de production neuve en 2026. Les exemplaires restants se trouvent uniquement dans les stocks résiduels du réseau de distributeurs spécialisés.
Qu’est-ce que l’Uniti Star Lite change par rapport à l’Uniti Star ?
L’Uniti Star Lite reprend l’amplification 2 x 70 watts et la partie réseau de l’Uniti Star, mais abandonne le tiroir CD et la fonction d’extraction de disques. Il est affiché 3 199 livres au Royaume-Uni et 3 999 euros en France. Naim présente cette suppression comme un bénéfice technique, avec moins de vibrations mécaniques et moins de perturbations électriques dans le châssis, et revendique donc un rendu sonore différent plutôt qu’une simple version allégée.
Le marché du CD est-il vraiment en baisse ?
C’est tout le paradoxe de ce dossier. Sur le premier semestre 2026, les revenus de gros du CD aux États-Unis ont progressé de 58,6 % pour atteindre 171,1 millions de dollars. Ce n’est donc pas la demande finale qui s’effondre mais la production industrielle du composant, dont les débouchés de masse historiques, informatique et électronique grand public, ont disparu. Le segment audiophile ne pèse pas assez pour justifier à lui seul une ligne de fabrication.
Quelles alternatives pour acheter un lecteur ou un transport neuf aujourd’hui ?
Les marques qui fabriquent leur propre mécanique restent les mieux placées, à commencer par Marantz avec des références comme le SACD 10 et le SACD 30n, et Denon sur des gammes plus accessibles. Pour un transport pur destiné à alimenter un convertisseur externe, le Cambridge Audio CXC et l’Audiolab 9000CDT demeurent des valeurs sûres à des tarifs très éloignés de ceux du PMG Signature. La disponibilité évolue vite, il est prudent de vérifier les stocks avant de se décider.
Faut-il acheter un lecteur de disques maintenant ou attendre ?
Si le disque physique occupe une place réelle dans votre écoute, l’attentisme n’est pas la meilleure stratégie sur ce segment précis. Les mécaniques disponibles se raréfient, plusieurs constructeurs puisent dans des stocks finis et aucune nouvelle ligne de production ne se profile. À l’inverse, si vos disques sont déjà extraits sur un serveur ou un NAS, rien ne presse : un bon convertisseur associé à une source dématérialisée couvre largement le besoin et n’expose à aucun risque d’approvisionnement.

