Par Thierry | Publié le 20 octobre 2026
Ce qu’il faut retenir
- Innuos, le fabricant portugais de serveurs musicaux, détaille son système phare Nazaré : le serveur et lecteur réseau Nazaré (sans DAC) à 44 000 € sans stockage, le switch réseau NazaréNET et le reclocker USB NazaréFLOW à 23 000 € chacun. L’ensemble complet, que la marque appelle « Nazaré Stack », dépasse les 90 000 €.
- Le serveur repose sur une carte mère PreciseAudio et deux cartes dédiées (PreciseUSB et PreciseNET), des alimentations à redressement actif au nitrure de gallium (GaN-ARC8, 376 000 µF par module), des transformateurs toriques multifilaires et des inductances Lundahl. Il lit le PCM jusqu’en 32 bits/768 kHz et le DSD512 natif, avec jusqu’à 16 To de SSD NVMe en option.
- Le NazaréNET isole le réseau (4 ports RJ45 gigabit, 1 port SFP pour fibre optique monomode, horloge OCXO) et le NazaréFLOW recadence le flux USB avec une horloge OCXO de 3 ppb, avec des modules optionnels ProISL (MSB) et CH-Link (CH Precision). Qobuz, TIDAL, Spotify Connect, Roon et HQPlayer (NAA) sont pris en charge.
Innuos Nazaré : une source numérique pensée comme un système
Dans la hi-fi très haut de gamme, la source numérique a longtemps été le parent pauvre face aux DAC et aux amplificateurs. Innuos fait le pari inverse avec Nazaré, un ensemble de trois appareils qui ne convertissent aucun son : un serveur, un switch réseau et un reclocker USB. Plus de 90 000 € pour livrer des fichiers à un DAC, cela interroge. D’où l’intérêt de décortiquer ce que fait chaque brique, et ce qu’un audiophile au budget plus raisonnable peut en retenir.
Fondée au Portugal, Innuos s’est fait connaître avec ses serveurs musicaux Zen, Zenith et Statement, puis avec ses accessoires PhoenixNET et PhoenixUSB. La marque défend depuis longtemps l’idée que le bruit électrique et la qualité des horloges, en amont du DAC, ont une influence sur le résultat, une question que nous abordions dans notre histoire du DAC audio et du rôle du jitter.
Le serveur Nazaré a été dévoilé à Faro, en Algarve, en mai 2025, puis présenté lors d’une tournée mondiale. Le switch NazaréNET et le reclocker NazaréFLOW sont venus le compléter en 2026. Innuos présente l’ensemble comme la « Nazaré Stack » et chaque appareil comme le successeur de ses anciens modèles de référence.
Le serveur Nazaré : une plateforme informatique redessinée pour l’audio
Le Nazaré est un serveur et lecteur réseau sans DAC. Il repose sur une carte mère PreciseAudio personnalisée et deux cartes dédiées, PreciseUSB pour la sortie audio et PreciseNET pour le réseau, chacune avec sa propre alimentation et une liaison directe au processeur. Innuos ne nomme pas ce processeur et se contente de mentionner dix cœurs de performance, regroupés sous l’appellation AudioCore.
L’alimentation est la pièce maîtresse. Elle associe des transformateurs toriques multifilaires, des inductances Lundahl sur mesure, des modules de redressement actif au nitrure de gallium GaN-ARC8 dotés chacun de 376 000 µF de condensateurs, une régulation DC4 à résistances à couche métallique et un régulateur NGaN+. Innuos indique l’avoir développée avec le Dr Sean Jacobs, sans préciser le nombre de modules utilisés.
💡 Pour comprendre : à quoi sert l’alimentation GaN
Le nitrure de gallium (GaN) est un semi-conducteur qui commute beaucoup plus vite et avec moins de pertes que le silicium. Innuos l’utilise pour le redressement actif de ses alimentations : au lieu de diodes classiques, qui génèrent des pointes de courant et des parasites à chaque cycle du secteur, des transistors GaN pilotés redressent le courant plus proprement. Associé à de grosses réserves de condensateurs et à des régulateurs dédiés, ce choix vise à fournir à chaque circuit une tension la plus stable et la moins bruyante possible.
« Le Nazaré n’est pas un produit qui se bat sur une seule caractéristique ou une seule fonction », résume Nuno Vitorino, cofondateur et directeur de la recherche d’Innuos.
Le châssis entièrement en aluminium, à façade asymétrique, reçoit un système d’amortissement SmartStack et des pieds IsoAcoustics. L’appareil mesure 480 x 420 x 220 mm et pèse 42 kg.

Le serveur Innuos Nazaré, sans DAC : carte mère PreciseAudio, cartes PreciseUSB et PreciseNET, alimentations GaN-ARC8 et châssis en aluminium à façade asymétrique de 42 kg, pour 44 000 € sans stockage. Il coiffe ici les modules NazaréNET et NazaréFLOW, dans des châssis assortis.
Formats, services et logiciels
Le Nazaré lit le WAV, l’AIFF, le FLAC, l’ALAC, l’AAC, le MP3, le DSF, le DFF et le MQA, en PCM jusqu’à 32 bits/768 kHz, en DSD256 par DoP et en DSD512 natif. Il intègre Qobuz, TIDAL, Deezer, HighResAudio et IDAGIO, ainsi que Spotify Connect, TIDAL Connect et Qobuz Connect, la radio Radio Paradise et les podcasts. Roon (Core et Endpoint), HQPlayer (en NAA) et AssetUPnP sont proposés en option. Le pilotage passe par l’application Sense sur iOS, Android et Fire OS, ou par un navigateur.
Stockage et connectique
Le serveur est vendu sans stockage : on peut ajouter 8 To (2 500 €) ou 16 To (5 000 €) de SSD NVMe dans une baie dédiée. Il n’y a pas de lecteur CD intégré, contrairement à l’ancien Statement : l’extraction se fait avec un lecteur optique USB externe, en FLAC ou WAV, avec métadonnées tirées de Discogs, GD3 ou MusicBrainz. À l’arrière, on trouve deux ports USB 3.2, une sortie audio PreciseUSB (USB 2.0), un port réseau PreciseNET gigabit, une prise HDMI réservée à la maintenance et une borne de masse. Il n’y a ni sortie I2S ni sortie AES sur le serveur lui-même.
NazaréNET : un switch réseau qui isole la chaîne de la maison
Le NazaréNET est un switch réseau dédié à l’audio, présenté comme le successeur du PhoenixNET. Il dispose de quatre ports RJ45 gigabit dont on peut régler la vitesse depuis Sense, et d’un port SFP équipé d’un module optique Finisar pour fibre monomode à 1 310 nm, jusqu’à 10 km. Son horloge est un OCXO de haute précision, alimenté séparément. Son alimentation reprend la plateforme du serveur (transformateurs toriques, inductances Lundahl, GaN-ARC8 de 376 000 µF) avec quatre régulateurs DC4 répartis sur quatre rails isolés : l’OCXO, la partie analogique de l’interface réseau et deux rails pour le contrôleur Ethernet.
💡 Pour comprendre : pourquoi isoler le réseau par fibre optique
Un câble Ethernet en cuivre transporte les données, mais aussi les parasites électriques de la box, du routeur et de tout ce qui est branché sur le réseau domestique. Une fibre optique transmet l’information sous forme de lumière : il n’y a plus de liaison électrique entre les deux extrémités, donc plus de boucle de masse ni de bruit conduit. Le port SFP du NazaréNET accueille un module optique qui reçoit la fibre venue du routeur, de sorte que le système audio est électriquement séparé du reste de la maison. C’est une solution que l’on peut aussi mettre en œuvre à moindre coût avec deux convertisseurs fibre.
Un microprocesseur qui s’éteint après réglage
Détail intéressant, le firmware du NazaréNET coupe le microprocesseur embarqué une fois la configuration terminée, pour supprimer une source de bruit supplémentaire. Le châssis en aluminium de 10 mm usiné dans la masse mesure 480 x 430 x 150 mm pour 28 kg. Nuno Vitorino résume l’objectif : « éliminer le réseau comme source de bruit ».

Le NazaréNET, switch réseau audio à 23 000 € : quatre ports RJ45 gigabit, un port SFP Finisar pour fibre monomode, horloge OCXO et quatre rails d’alimentation isolés.
NazaréFLOW : recadencer le flux USB avant le DAC
Le NazaréFLOW se place entre le serveur et le DAC. Il reçoit le flux USB sur une entrée USB-B, compatible avec n’importe quelle source, le recadence avec une horloge maîtresse OCXO de 3 ppb alimentée par un rail isolé dédié, puis le renvoie par une sortie USB-A. Il reprend la même plateforme d’alimentation que le NazaréNET, le même châssis de 28 kg et un câble USB de 2 m est fourni.
💡 Pour comprendre : ce que fait une horloge OCXO
Un flux audio numérique est une suite d’échantillons qui doivent être envoyés à intervalles parfaitement réguliers. L’horloge qui cadence cet envoi n’est jamais parfaite : ses petites irrégularités, appelées gigue ou jitter, peuvent se traduire par des défauts une fois le signal converti. Un OCXO (oscillateur à quartz thermostaté) enferme le quartz dans une petite enceinte chauffée à température constante, ce qui le rend beaucoup plus stable qu’un quartz ordinaire. Les 3 ppb (parties par milliard) annoncés pour le NazaréFLOW expriment cette précision. Un bon DAC garde néanmoins ses propres horloges : l’OCXO sert ici à livrer un flux aussi propre que possible.
Des modules pour parler directement aux DAC MSB et CH Precision
Le NazaréFLOW est modulaire. Deux cartes optionnelles, à 5 300 € chacune, lui permettent de dialoguer avec les DAC haut de gamme par leurs liaisons propriétaires : ProISL pour les convertisseurs MSB et CH-Link pour ceux de CH Precision. D’autres modules sont annoncés. « Si le Nazaré est le cœur du système, le FLOW en est la voix finale et décisive », affirme Nuno Vitorino.

Le NazaréFLOW, reclocker USB à 23 000 € : horloge maîtresse OCXO de 3 ppb, entrée USB-B et sortie USB-A recadencée, avec des modules ProISL (MSB) et CH-Link (CH Precision) en option.
Prix, offre de reprise et comparaison avec l’ancienne génération
Le serveur Nazaré coûte 44 000 € sans stockage, le NazaréNET et le NazaréFLOW 23 000 € chacun. Un système complet avec 8 To de stockage atteint donc 92 500 €, avant d’éventuels modules ProISL ou CH-Link. Jusqu’au 31 octobre 2026, Innuos propose une offre de reprise chez ses revendeurs agréés : 10 % de remise sur le NazaréNET contre un PhoenixNET, 10 % sur le NazaréFLOW contre un PhoenixUSB, et une reprise de l’ancien Statement Next-Gen sur le Nazaré, dont les conditions détaillées sont à vérifier auprès des revendeurs.
Le saut par rapport à la génération précédente est considérable. Le Statement Next-Gen, désormais arrêté, coûtait de 20 000 à 22 100 € avec une alimentation séparée à huit alimentations linéaires et des horloges OCXO de 3 ppb sur ses sorties USB et Ethernet. Les PhoenixNET et PhoenixUSB, eux, coûtaient 3 600 € chacun, avec deux alimentations linéaires et un OCXO de 3 ppb. Le PhoenixNET se limitait à quatre ports RJ45 à 100 Mbit/s, sans fibre optique.
Positionnement : ce qu’un audiophile peut retenir de Nazaré
Nazaré s’adresse à une poignée de systèmes à six chiffres, face aux sources de Taiko Audio, Wadax ou des transports dédiés des marques de DAC. Mais ses principes se déclinent à tous les budgets : séparer le réseau de la maison par une fibre optique, alimenter proprement la source, choisir une sortie USB soignée. Un lecteur réseau sérieux, comme le Silent Angel Bremen SL1P avec son stockage NVMe et sa sortie USB 768 kHz, applique déjà une partie de ces idées pour une fraction du prix. Pour explorer l’offre, vous pouvez parcourir notre sélection de lecteurs réseau audio sur Amazon.
Nazaré ne vend pas un meilleur DAC : il vend l’idée que tout ce qui se passe avant le DAC compte, et pousse cette idée jusqu’à l’extrême.
Pour isoler sa chaîne du réseau domestique sans viser ces sommets, deux convertisseurs fibre et une bonne alimentation suffisent à expérimenter le principe du port SFP du NazaréNET. Vous pouvez voir les switchs réseau à port SFP sur Amazon pour vous faire une idée.
Un signal pour le marché
En consacrant deux appareils de 23 000 € au réseau et à l’USB, Innuos acte que la bataille du très haut de gamme numérique se joue désormais autant sur l’environnement électrique de la source que sur la conversion elle-même.
Mon avis
Ce que j’apprécie chez Innuos, c’est la cohérence du discours. Depuis des années, la marque explique que le bruit et les horloges en amont du DAC comptent, et Nazaré est l’aboutissement logique de cette thèse, avec une fiche technique bien plus détaillée que la moyenne : capacités, rails, types de régulateurs, fréquence de la fibre. C’est rare dans ce segment où l’on vend souvent du mystère.
Il faut pourtant garder la tête froide. Plus de 90 000 € pour une source sans conversion, c’est un choix qui n’a de sens que dans un système où tout le reste est déjà au sommet. Et les gains d’un switch ou d’un reclocker restent difficiles à mesurer : un bon DAC moderne est conçu pour rejeter une grande partie de ce bruit. Je regrette aussi qu’Innuos ne publie aucune mesure comparative montrant ce que chaque brique change concrètement à la sortie du DAC.
Ce que je retiens pour le commun des audiophiles : isoler son réseau par fibre optique, soigner l’alimentation de son lecteur réseau, ne pas négliger la liaison USB. Ces trois idées coûtent quelques centaines d’euros à appliquer. La question que je poserais à Innuos : quelles mesures, à la sortie d’un DAC, montrent l’apport du NazaréFLOW ?
La présentation détaillée des trois appareils est sur le site Innuos.
Vous vous demandez si un switch réseau ou un reclocker a sa place dans votre système, quel que soit votre budget ? Posez votre question en commentaire, sinon je suis là.

FAQ – Innuos Nazaré, NazaréNET et NazaréFLOW
Quel est le prix du système Innuos Nazaré ?
Le serveur Nazaré coûte 44 000 € sans stockage, le switch NazaréNET et le reclocker NazaréFLOW 23 000 € chacun. Le stockage SSD ajoute 2 500 € pour 8 To ou 5 000 € pour 16 To. Un système complet avec 8 To atteint donc 92 500 €, hors modules optionnels.
Le serveur Innuos Nazaré contient-il un DAC ?
Non. Le Nazaré est un serveur et lecteur réseau sans conversion : il envoie le flux numérique à un DAC externe par sa sortie USB PreciseUSB. Il n’a pas de sortie I2S ni AES. Le NazaréFLOW peut ensuite recadencer ce flux USB avant le DAC.
Quels formats lit l’Innuos Nazaré ?
Il lit le WAV, l’AIFF, le FLAC, l’ALAC, l’AAC, le MP3, le DSF, le DFF et le MQA. Il gère le PCM jusqu’à 32 bits/768 kHz, le DSD256 en DoP et le DSD512 en natif. Le résultat dépend aussi des capacités du DAC raccordé.
Quels services de streaming sont compatibles avec Innuos Nazaré ?
Le Nazaré intègre Qobuz, TIDAL, Deezer, HighResAudio et IDAGIO, ainsi que Spotify Connect, TIDAL Connect et Qobuz Connect. Roon (Core et Endpoint), HQPlayer en NAA et AssetUPnP sont proposés en option. Le pilotage se fait avec l’application Sense ou un navigateur.
À quoi sert le NazaréNET ?
C’est un switch réseau dédié à l’audio. Il reçoit le réseau de la maison par fibre optique sur son port SFP, ce qui supprime toute liaison électrique avec la box, et le redistribue sur quatre ports RJ45 gigabit cadencés par une horloge OCXO. Son but est d’empêcher le bruit du réseau domestique d’atteindre la chaîne.
À quoi sert le NazaréFLOW ?
C’est un reclocker USB placé entre le serveur et le DAC. Il recadence le flux avec une horloge OCXO de 3 ppb et une alimentation isolée, puis le renvoie en USB. Des modules optionnels ProISL et CH-Link, à 5 300 € chacun, permettent de se raccorder directement aux DAC MSB et CH Precision.
Le Nazaré a-t-il un lecteur CD pour extraire ses disques ?
Non, contrairement à l’ancien Statement. L’extraction se fait avec un lecteur optique USB externe, à condition d’avoir installé un SSD dans le serveur. Les fichiers sont créés en FLAC ou WAV, avec métadonnées tirées de Discogs, GD3 ou MusicBrainz.
Quelle différence entre le Nazaré et l’ancien Innuos Statement ?
Le Statement Next-Gen coûtait de 20 000 à 22 100 € avec une alimentation séparée à huit alimentations linéaires et un lecteur CD intégré. Le Nazaré passe à des alimentations GaN intégrées, des cartes PreciseUSB et PreciseNET dédiées, jusqu’à 16 To de SSD NVMe, mais sans lecteur CD. Il pèse 42 kg contre environ 25 kg pour l’ensemble Statement.

